LE PADEL INVENTE-T-IL LE CITY CLUB ?

Des terrains au cœur des villes, des joueurs qui viennent autant pour se retrouver que pour gagner, de la mode, de la food, du membership et désormais des marques de luxe : le padel pourrait être en train de transformer l’ancien country club en une nouvelle infrastructure sociale urbaine. Un déplacement particulièrement intéressant pour Lacoste, dont l’histoire relie précisément le court à la rue.

Ce week-end, un terrain de padel occupait le parvis de l’Opéra de Sydney. Pat Rafter y jouait, mais aussi des acteurs et des mannequins. Gucci organisait une soirée. Waldorf Astoria installait un Racquet Club éphémère à l’intérieur de l’Opera House. Les places réservées étaient épuisées avant l’ouverture.

On venait voir du padel. Mais pas seulement.

La scène raconte assez bien ce que ce sport est en train de devenir : un terrain autour duquel peuvent désormais s’agréger mode, hospitality, musique et sociabilité.

En France, le mouvement est spectaculaire. Fin 2025, la FFT recensait 850 000 pratiquants, 4 000 pistes et 1 027 clubs. En 2014, seuls dix clubs proposaient encore cette discipline.

Le padel ne démocratise peut-être pas seulement un sport de raquette. Il pourrait être en train d’urbaniser le country club.

Du country club au city club.

Le country club historique réunissait plusieurs choses : une pratique sportive, un lieu, des membres, des codes et le sentiment d’appartenir à une communauté.

Le padel conserve une partie de cette mécanique mais la déplace. Il est plus rapide à pratiquer, se joue à quatre et se développe dans des complexes où l’après-match compte presque autant que le match.

Surtout, cette croissance rencontre un autre phénomène : le retour du club.

Members clubs, running clubs, wellness clubs… Dans un monde où nous sommes connectés à tout le monde, nous semblons paradoxalement rechercher des communautés plus petites, organisées autour de centres d’intérêt communs. Vogue se demandait récemment si l’accès exclusif n’était pas devenu le nouveau Birkin : l’appartenance et les droits d’accès devenant eux-mêmes des marqueurs de désir.

Le padel ajoute quelque chose d’essentiel à cette logique : une pratique commune.

On ne vient plus seulement appartenir. On vient faire quelque chose ensemble.

Et si Lacoste avait déjà commencé?

C’est là que Lacoste devient intéressante.

Le 5 février 2026, la marque inaugurait à Paris son premier Café Lacoste permanent : 100 m², 65 places et l’ambition revendiquée de prolonger son art de vivre dans l’hospitality.

Quinze jours plus tard, elle inaugurait deux terrains permanents de padel au Club Lacoste Courchevel.

Deux manières très différentes de rendre une marque habitable.

La première transforme le retail en lieu où l’on reste. La seconde transforme potentiellement la marque en lieu où l’on se rencontre.

Lacoste possède pour cela une histoire singulière. Elle vient du tennis et de René Lacoste, mais son crocodile a ensuite quitté les courts pour être adopté par la rue, le rap et les cultures populaires. Peu de marques peuvent aussi naturellement faire cohabiter polo et tracksuit, club et street culture.

Alors pourquoi ne pas pousser l’intuition ?

Des City Clubs Lacoste au cœur de Paris, Londres, New York ou Séoul : padel, tennis, vestiaires, café, musique, retail, drops, tournois et membership. Non plus seulement des lieux où acheter Lacoste, mais des lieux où pratiquer une culture Lacoste.

La marque développe déjà des Club Lacoste de Melbourne à Miami et Roland-Garros. Le City Club ne serait donc pas une rupture, mais la possible pérennisation urbaine d’une culture qu’elle expérimente déjà.

Après avoir transformé leurs boutiques en cafés et restaurants, les marques pourraient découvrir une autre manière de créer des lieux : organiser les rencontres entre ceux qui partagent déjà leur culture.

Le prochain territoire des marques ne sera peut-être pas l’hospitality.

Ce sera l’appartenance.

Sources

L’ouverture à Sydney est documentée par le Daily Telegraph : terrain construit sur le northern boardwalk de l’Opera House, Pat Rafter, tournoi de célébrités, soirée Gucci, pop-up Waldorf Astoria Racquet Club et réservations complètes avant l’événement. 

Les chiffres français viennent directement de la  Fédération française de tennis : 850 000 pratiquants, 272 000 licenciés, 4 000 pistes, 1 027 clubs en 2025 contre dix clubs proposant le padel en 2014. La FFT cite également plus de 35 millions de joueurs amateurs dans le monde. 

Sur le retour de l’accès et de l’appartenance comme formes de distinction, l’article de  Vogue — “How Exclusive Access Became the New Birkin” documente précisément le déplacement du statut de l’objet possédé vers les expériences, espaces privés, réseaux et communautés auxquels on peut accéder. 

Pour Lacoste, les deux faits les plus intéressants sont des sources primaires : le  Café Lacoste Paris ouvre le 5 février 2026 et est explicitement présenté comme une extension de la marque dans l’hospitality ; le  Club Lacoste Courchevel annonce ses deux terrains permanents de padel le 20 février 2026, associant selon Lacoste « sport et art de vivre à la française ». 

Enfin, le site officiel de  Lacoste confirme en 2026 des Club Lacoste à Melbourne, Miami et Roland-Garros, ce qui permet de présenter le City Club permanent comme notre hypothèse stratégique, et non comme quelque chose que Lacoste aurait déjà annoncé. 

Gucci, Waldorf Astoria Partner With Inaugural Padel Invitational at the Sydney Opera House

Gucci investit le padel à Sydney, révélant l’émergence d’un nouveau territoire stratégique à la croisée du luxe, du sport et de l’hospitality.

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