Le social média est mort. Vive la vie sociale.

Lundi matin, 8 heures. Tout le monde ou presque est rentré. LinkedIn devrait rapidement nous le confirmer : certains ont vraiment déconnecté, pris du recul, retrouvé l’essentiel. Beaucoup reviennent avec 100 000 projets, une énergie folle et quelques enseignements sur ce que trois semaines de vacances leur ont appris du leadership ou de la nécessité de ralentir pour mieux repartir.

Je souris, mais j’avoue que quelque chose commence à me mettre mal à l’aise. LinkedIn ressemble de plus en plus à un gigantesque exercice de personal branding où chacun doit devenir l’expert de quelque chose, partager ses apprentissages, transformer une expérience en leçon. Depuis l’arrivée des LLM, le sentiment est encore plus étrange. Certains textes sont parfaitement écrits, correctement argumentés, avec l’émotion au bon endroit, mais sonnent terriblement creux.

J’ose parfois espérer que c’est l’IA.

Et pourtant, j’aime LinkedIn. J’y suis depuis plus de vingt ans, après avoir progressivement abandonné Viadeo parce que mon réseau, mes clients et ma carrière devenaient internationaux. Mon histoire avec les réseaux est encore plus ancienne : le bruit du modem, les vingt heures gratuites d’AOL, les forums, les chats, Napster, MSN, Myspace. J’ai toujours testé, j’ai toujours voulu comprendre ce que les gens venaient y chercher.

Plus tard, cette curiosité est devenue une partie de mon métier. J’ai piloté le social media dans une grande agence, conseillé et formé des marques, travaillé sur leurs stratégies sociales. J’ai même été sollicité, côté agence, pour réfléchir à celle d’une campagne présidentielle. Alors non, je ne suis pas devenu technophobe pendant les vacances. Je crois toujours aux réseaux sociaux, probablement à 200 %.

En 2008, lorsque j’avais mon blog, j’avais lancé les apéros Hush Hush. L’idée était simple : j’avais une communauté en ligne et j’avais envie de savoir qui étaient réellement ces gens. Nous nous sommes retrouvés autour d’un verre, sans objectif particulier, si ce n’est celui de passer un bon moment avec des personnes qui avaient manifestement quelques centres d’intérêt communs. Certains sont devenus des amis que j’ai encore plaisir à voir dix-huit ans plus tard.

Finalement, c’est peut-être cela que j’ai toujours aimé dans les réseaux sociaux.

Ils m’ont permis de rencontrer des gens.

POP POP s’est aussi construit comme cela. Il y a eu Dominique Deroche, Géraud Paillot de Montabert, Valérie Leberichel et beaucoup d’autres. Des conversations, des déjeuners, des shootings, parfois des projets, parfois simplement l’envie de continuer à échanger. Et LinkedIn continue de remplir cette fonction : récemment encore, un café avec Alexandre Taisne, un petit-déjeuner avec Anne-Laure Colcy Versavau. Nous nous étions découverts sur un écran, mais c’est autour d’une table que nous avons vraiment partagé des visions, des points de vue, des convictions.

C’est pour cela que je n’ai aucune envie de quitter LinkedIn. En revanche, j’ai de moins en moins envie d’y rester.

Cet été, un autre détour m’a rappelé ce sentiment. Pour écrire un article, j’ai pris les nationales et les départementales pour découvrir autrement la Nouvelle-Aquitaine. Cela m’a rappelé les voyages avec une carte routière dans la voiture, lorsqu’un embouteillage nous poussait à tourner à droite, à gauche, parfois à faire demi-tour parce que nous nous étions trompés.

On perdait du temps, évidemment. Mais on découvrait un village dont on ignorait le nom, un petit bistrot, un routier, une place, un paysage. On découvrait vraiment une région parce qu’entre le point de départ et l’arrivée subsistait une part de hasard.

Aujourd’hui, Waze nous fait gagner vingt-trois minutes, Google nous indique où déjeuner, Instagram ce qu’il faut regarder et Spotify ce que nous devrions écouter ensuite. Tout fonctionne remarquablement bien. Pourtant nous voyons parfois sans regarder, lisons sans retenir, possédons des milliers de relations sans connaître les gens qui se trouvent derrière.

Le Social Study 2026 d’Eventbrite apporte un éclairage intéressant. Parmi les 4 051 jeunes de 18 à 35 ans interrogés aux États-Unis et au Royaume-Uni, 74 % considèrent les expériences physiques comme plus importantes que les expériences numériques. Run clubs, clubs de lecture, dîners, ateliers, marchés : rien de révolutionnaire finalement. Des inconnus acceptent simplement de consacrer du temps à d’autres inconnus autour de choses qu’ils aiment.

Je crois que nous avons besoin de retrouver cela.

Je suis photographe. Lorsque je photographie quelqu’un ou un lieu, quelque chose s’est réellement passé devant moi. La lumière n’était peut-être pas parfaite, quelqu’un a bougé, la météo a transformé ce que j’avais imaginé. À mesure que nous pouvons générer en quelques secondes des images parfaites d’instants qui n’ont jamais existé, être là devient peut-être simplement plus précieux.

C’est aussi pour cela que POP POP est né sur papier. Des photographies pensées par des photographes, des histoires, des rencontres et ce temps que l’on s’offre pour découvrir quelque chose que l’on n’était pas nécessairement venu chercher. Cette rentrée, nous allons prolonger cette idée et recommencer à réunir des gens.

En petit comité.

Des rencontres informelles, autour d’une table, d’un verre, d’un dîner, d’une exposition ou d’un sujet qui nous intéresse. Les invités ne se connaîtront pas nécessairement, et c’est justement ce qui nous amuse. Mais nous choisirons la table parce que nous saurons qu’ils ont des curiosités, des passions, des expériences ou des visions à partager. Pas de badges. Pas de tour de table où chacun récite son parcours. Pas une énième soirée de networking où l’on regarde discrètement par-dessus l’épaule de son interlocuteur pour vérifier s’il n’y aurait pas quelqu’un de plus intéressant derrière.

Juste créer les conditions d’une bonne rencontre.

Et c’est également ce que POP POP peut imaginer pour les marques. Dans une économie où elles se battent toutes pour quelques secondes d’attention supplémentaires, comprendre une communauté, identifier les bonnes personnes et leur donner une vraie raison de se rencontrer devient un autre moyen de créer de la valeur. Pas nécessairement en réunissant 500 personnes. Parfois, les vingt bonnes autour de la bonne table seront beaucoup plus intéressantes.

Les réseaux sociaux ne sont probablement pas morts. Lundi matin, nous serons tous de nouveau dessus. Moi le premier.

Mais après trente ans passés à construire des réseaux toujours plus grands, j’ai surtout envie de continuer à découvrir les gens qui sont réellement dedans.

Et, de temps en temps, de prendre quelques départementales pour aller les rencontrer.

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