Il vient d’Australie, mélange natation, course, glisse, endurance et secourisme, se pratique avec ou sans vagues, en mer, en lac ou en piscine, été comme hiver. Encore relativement confidentiel en France, le sauvetage sportif pourrait bien devenir l’une des prochaines cultures outdoor à regarder.
Nous avons déjà raconté ici comment le surf était devenu mainstream et comment les spots autrefois secrets s’étaient progressivement transformés en destinations. Inutile d’y revenir : les planches en mousse, les combinaisons accessibles, les écoles, les réseaux sociaux puis les Jeux olympiques ont ouvert la culture surf à beaucoup plus de monde. Tant mieux, même si une vague possède cette fâcheuse particularité de ne pas devenir plus grande lorsque cent personnes veulent la prendre.
À quelques mètres du line-up, les pratiques se sont également multipliées : bodyboard, paddle, skimboard — assez formidable jusqu’à ce que la planche termine sa course dans le tibia d’un passant — et désormais foil, dont nous avons déjà évoqué le potentiel légèrement film d’horreur lorsque son mât et ses ailes croisent quelque chose qui n’était pas prévu au scénario. La plage devient un terrain sportif partagé alors que la mer, contrairement à une piste de ski, ne possède ni couleur, ni filet, ni pisteur capable de fermer la noire. Elle reste du hors-piste en permanence.
Alors, qu’est-ce qui vient après ?
Plusieurs sports, pour le prix d'un.
Peut-être une discipline que beaucoup associent encore aux sauveteurs et aux postes de secours. Pourtant le sauvetage sportif possède à peu près tout ce que recherchent les nouvelles pratiques outdoor : plusieurs sports plutôt qu’un seul, de la technique, de l’endurance, du matériel, une communauté, des compétitions et suffisamment de diversité pour ne pas refaire exactement la même chose toute l’année.
Même Red Bull a déjà commencé à regarder cet univers, en documentant notamment le spectaculaire surfboat australien, né lui aussi des techniques utilisées autrefois par les sauveteurs. (Red Bull)
En côtier, on nage, on court sur le sable, on utilise une rescue board, un surfski, on sprinte sur les Beach Flags et l’Oceanman enchaîne nage, board et surfski dans une même course. L’hiver, changement de décor : direction la piscine pour les épreuves d’eau plate, avec obstacles, palmes, bouée tube, récupération d’un mannequin immergé puis remorquage. C’est un peu comme si, pendant vos vacances à la montagne, on vous proposait dans une même discipline du ski, du snowboard, des raquettes, du trail et quelques bases de secours en montagne.
Surtout, contrairement au surf, le sauvetage n’attend pas la vague. Lorsqu’elle est là, il faut apprendre à la lire, la franchir, l’utiliser au retour ; lorsqu’elle disparaît, on nage, on rame, on travaille les trajectoires et les transitions. Pas d’océan ? Un lac ou un plan d’eau permettent de pratiquer le côtier ; en hiver, la piscine prend le relais.
Avec ou sans vagues, été comme hiver, le sport continue.









Une pratique qui peut se poursuivre loin des côtes
Le signal le plus intéressant se trouve peut-être aujourd’hui sur les plages françaises. À Dinard, par exemple, l’ASCE propose tout l’été une véritable École de Sauvetage Sportif ouverte dès six ans : quatre demi-journées pendant lesquelles les enfants découvrent prévention des noyades, sauvetage sportif, sauvetage opérationnel, secourisme et même écocitoyenneté. On est assez loin du stage où l’on repart simplement avec une photo debout trois secondes sur une planche. (Secourisme 35)
C’est probablement l’une des grandes forces du modèle. Un enfant peut découvrir le sauvetage pendant ses vacances à Dinard ou à Seignosse, s’amuser avec une board, courir sur la plage, apprendre à mieux nager et commencer à comprendre ce qui se passe dans l’eau devant lui. Puis rentrer chez lui en septembre et continuer en piscine dans un club, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de la côte.
Car savoir nager et savoir évoluer dans la mer ne sont pas exactement la même compétence. Courants, marées, vent, vagues, entrée et sortie de l’eau, gestion de l’effort : l’océan oblige à observer avant d’agir.
Au moment où nous démocratisons massivement les sports nautiques, apprendre aux enfants à connaître le milieu dans lequel nous les envoyons paraît finalement assez logique.
Le prochain sport à la mode?
Le sauvetage arrive surtout au bon moment. Le triathlon, le swimrun, le trail ou la nage en eau libre ont habitué une génération à mélanger les disciplines, les terrains et les saisons ; nous ne cherchons plus seulement un sport mais parfois une pratique, une communauté et tout l’univers qui va avec. Et contrairement à beaucoup de tendances inventées autour d’une table, celle-ci possède déjà plus d’un siècle d’histoire.
Car le sauvetage sportif vient d’Australie et d’une nécessité beaucoup moins lifestyle : apprendre à intervenir dans l’océan. Les techniques permettant de traverser les vagues, atteindre quelqu’un en difficulté et le ramener vers la plage ont progressivement été transformées en compétitions. En résumé, on a commencé par apprendre à sauver quelqu’un, puis, assez humainement, on a décidé de regarder qui le faisait le plus vite.
La pratique ne s’arrête d’ailleurs pas avec les enfants ou les compétiteurs de vingt ans. La FFSS organise des Championnats de France Masters avec des catégories allant aujourd’hui de 30 à plus de 70 ans ; nageurs, triathlètes, surfers ou simples amoureux de l’eau peuvent donc découvrir assez tard une discipline dans laquelle il reste énormément de choses à apprendre. (FFSS)
Alors prenons notre risque éditorial maintenant, avant que les rescue boards n’apparaissent sur toutes les galeries de voiture.
Été 2027 : le sauvetage sportif pourrait bien être le prochain sport de plage à regarder.
Pas seulement parce qu’il est fun, complet ou spectaculaire.
Mais parce qu’on peut y entrer pour apprendre à jouer dans l’eau et en ressortir en ayant commencé à apprendre quelque chose de beaucoup plus précieux : comment y être vraiment à l’aise, et peut-être un jour aider quelqu’un qui ne l’est plus.